Apporter des réponses, [...] rassurer, renseigner...

En cas de crise à l’étranger (catastrophe naturelle, attentat terroriste, accident d’avion, tensions sociopolitiques aggravées…), si la sécurité des ressortissants français se trouve menacée, une cellule de crise est activée au Centre de Crise et de Soutien (CDCS). Cette décision est prise en coordination avec l’ambassade et le consulat. Une aide humanitaire destinée aux populations locales peut également être déployée si le pays le demande.

Une mobilisation 24/24

La cellule de veille -service du CDCS chargé de la surveillance jour et nuit- lance l’alerte. Le cadre d’astreinte -qui devient le directeur de crise- mobilise alors immédiatement les agents d’astreinte. En journée, comme en soirée ou en week-end, la cellule est opérationnelle très rapidement. Elle fonctionne 24h sur 24 tant que la situation le nécessite.
L’enjeu majeur est de cerner au plus vite la situation et d’identifier avec le poste diplomatique les potentielles victimes françaises ou les Français en besoin d’assistance.

Des compétences complémentaires

Chacune des personnes mobilisées a une mission précise. Des rôles divers mais complémentaires qui recouvrent :
- le suivi de la situation,
- le suivi des victimes pour établir les listes de victimes et venir en soutien aux familles,
- la logistique,
- la gestion des équipes du CDCS afin qu’elles puissent se relayer,
- la préparation de la communication vers les médias et sur les réseaux sociaux,
- l’expertise santé,
- d’autres expertises selon la thématique de la crise…

Tous travaillent dans un lieu unique autour du directeur de crise, épaulé par un assistant et un coordinateur. Des personnels d’autres ministères peuvent également être mobilisés (ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé…) ainsi que des représentants d’associations de victimes ou d’aide aux victimes.
Lorsque cela est nécessaire, la cellule de crise ouvre également un numéro d’urgence afin de renseigner les familles. Assurée par des personnels volontaires du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, ainsi que par des bénévoles de la Croix-Rouge française, la cellule de « réponse téléphonique » intervient en soutien du poste diplomatique. Leurs coordonnées sont consignées afin de pouvoir les rappeler dès que la personne qu’elles recherchent est localisée.

Venir en renfort sur le terrain

A la demande des diplomates basé dans le pays touché, l’envoi de missions de renfort sur le terrain peut être décidé. Ces missions sont composées d’agents du CDCS, auxquels peuvent se joindre, des agents de la sécurité civile, des militaires, des réservistes sanitaires (médecins, psychologues…), des associations… qui viendront soutenir le travail des équipes consulaires.

Témoignage

Ouagadougou, 13 août 2017

Partout dans le monde, être présents auprès des victimes d’attentats et de leurs familles

Algérie, Burkina Faso, Colombie, Egypte, Inde, Kenya, Mali, Maroc, Royaume-Uni, Tunisie… La liste des pays touchés par des attentats, durant la dernière décennie, est encore longue. Une cinquantaine de nos compatriotes sont morts dans différentes attaques terroristes depuis 2008. A chaque fois, la mission du Centre de Crise et de Soutien (CDCS) est d’aider, d’accompagner les victimes, les familles, les proches dans cette première phase avant que le relais ne soit pris par d’autres structures. Au terrible décompte des victimes s’ajoute celui des blessés. Le CDCS veille au suivi de leur prise en charge médicale dans le pays où est survenue l’attaque ainsi qu’au suivi des conditions de rapatriement.
Un type de mission intense humainement dans lequel s’illustre l’engagement des agents du Centre de crise et de soutien.

Ouagadougou, 13 août 2017 : Catherine Gouy-Levy témoigne

Ouagadougou, le 13 août 2017, aux alentours de 21h30 – Des hommes armés prennent pour cible la clientèle majoritairement expatriée du restaurant Istanbul au centre de la capitale burkinabé. Cette attaque terroriste fait 18 morts et une dizaine de blessés. Parmi les victimes, un Français, Thierry Gouy. Il envoie un dernier message à sa famille pendant l’attaque puis c’est le silence. Pour ses proches, des heures interminables commencent. La nuit se passe, sans savoir comment réagir, à attendre et suivre les informations dans les médias à la recherche d’un indice. Au petit matin, la famille reçoit l’appel d’un proche présent sur place qui leur annonce la terrible nouvelle. A ce moment-là, Catherine Gouy-Levy, la sœur de Thierry Gouy, endosse le rôle du chef de famille et décide d’appeler le Centre de crise et de soutien, pour se signaler et pour avoir une confirmation officielle, se raccrochant toujours inconsciemment à l’espoir d’entendre une autre nouvelle.

Au CDCS, depuis le début de l’attaque, comme à chaque fois que la situation le requiert, une cellule de crise (en lien permanent avec le consulat) est activée. Le lieu de l’attentat est très fréquenté par les expatriés et les étrangers de passage dans la capitale, aussi la probabilité que des Français aient pu être touchés est élevée. Catherine Gouy-Levy se souvient parfaitement de l’agent qui a répondu à son appel et a su trouver les mots pour lui confirmer le décès de son frère. « J’ai ressenti et je ressens toujours la disparition de mon frère comme une condamnation à perpétuité de nos souffrances. Nos vies ont basculé ». L’agent lui donne les premières informations sur son nouveau « statut » de victime pour elle et ses proches et lui demande si elle a des questions. Elle n’en a pas mais elle est « rassurée de savoir qu’il y avait quelqu’un près de nous » témoigne-t-elle. Et qu’en cas de besoin, elle pouvait rappeler à tout moment. « Nous sommes là. Jour et nuit ».

Puis vient la phase des formalités. Le CDCS est présent, via l’unité des Affaires individuelles pour aider et organiser le séjour des proches sur place, planifier le retour de la dépouille sur le sol français. Comme pour toute victime française d’un acte terroriste à l’étranger, une cérémonie de retour du cercueil de Thierry Gouy est organisée à l’aéroport si la famille le souhaite. Pour Catherine Gouy-Levy, ce moment a une importance capitale, la première confrontation avec la réalité du décès de son frère. Comme pour tous les membres de la famille réunis dans un salon de l’aéroport de Roissy-Charles–De-Gaulle, les sentiments étaient mêlés entre une douleur immense et le réconfort de voir la mémoire de Thierry Gouy ainsi saluée dans ces circonstances. « Il était très tôt, le soleil se levait sur Roissy. Je ne pensais jamais arriver à me tenir droite et à suivre le cérémonial. Avec les officiels, avec cette haie d’agents de forces de l’ordre saluant le cercueil, avec ce drapeau français recouvrant le cercueil de mon frère. Tant d’émotions. Mais vous étiez tous là. Nous donnant la force, nous entourant avec sobriété. Nous sentions toute votre présence dans la discrétion ». « Je tenais à témoigner pour ces 10 ans du CDCS, avec une pensée pour toutes les victimes françaises qui ont été tuées dans des actes terroristes à l’étranger, car cet aspect de l’intervention du CDCS auprès des familles de victimes est méconnu et cette dimension humaine me semble indispensable et inestimable ».