Sauver les gens, là où ils sont

Le 12 janvier 2010, à 16h53, un séisme de magnitude 7.1 dévaste Haïti dans une zone très urbaine où vivent 3,5 millions de personnes. L’épicentre du séisme est situé approximativement à 25 km de la capitale Port-au-Prince. Quelque douze répliques fortes sont enregistrées dans les heures qui suivent le premier séisme. Le tremblement de terre fait plus de 230 000 morts et 300 000 blessés graves.

Un drame sans précédent

Port-au-Prince sous les décombres

La ville est très peuplée et le tissu urbain est enchevêtré. Les maisons sont construites « les unes sur les autres ». De nombreux bâtiments sont détruits : 500 hôpitaux, 300 écoles, le palais national, la cathédrale de Port-au-Prince, tous les ministères... La résidence de France, installée dans une demeure du vieux Port-au-Prince, s’effondre ; l’ambassade, située non loin du palais national, est inutilisable. L’État haïtien est désorganisé par la catastrophe et il déclare l’état d’urgence pour un mois dans tout le pays.

Après le tremblement de terre, plus de deux millions de personnes se retrouvent démunies, sans toit, ni nourriture. Les premiers sauveteurs qui parviennent sur place expriment un sentiment unanime d’impuissance face à l’ampleur du désastre. Des délégués de la Croix-Rouge française basés à Port-au-Prince décrivent un chaos total qui règne dans la capitale haïtienne. "Port-au-Prince n’est plus qu’un amas de décombres, surplombé par un énorme nuage de poussière qui rend la ville invisible du ciel".

Un drame sans précédent

Une réaction immédiate de la France

Le Centre de Crise coordonne l’aide. Dès le 13 janvier, plus de 450 pompiers, militaires et médecins d’urgence partent de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Métropole. Ils apportent du matériel. Un hôpital de campagne avec 70 personnels médicaux est rapidement mis en place et deux navires dotés de personnels médicaux arrivent en renfort. Par chance, la seule piste de l’aéroport reste utilisable et devient l’unique voie d’accès pour les secours internationaux, puisque le port est impraticable. La communauté internationale, bouleversée par le drame haïtien, se mobilise tant financièrement que matériellement ou d’un point de vue logistique.

Pendant plusieurs semaines, les équipes françaises se battent aux côtés de la population haïtienne et des unités de sécurité civile venues du monde entier pour prendre en charge les blessés et extirper les survivants des décombres, avant de passer la main aux équipes chargées de la reconstruction du pays.

Témoignage

Katmandou, un autre séisme, un autre drame

Vendredi 24 avril 2015, en posant les pieds sur le tarmac du petit aéroport de Katmandou, Julien Manuel ne se doute pas de l’intensité de ce qu’il va bientôt vivre. Au Népal, il n’est pas en terre inconnue. C’est la troisième fois qu’il randonne dans le pays himalayen et, cette fois, il est là pour réaliser un rêve de marcheur, trekker au Mustang.

Julien Manuel connaît bien le pays. Il a confié l’organisation de son trail à une petite agence locale dirigée par un Français et très réputée dans le monde des himalayistes. Nous sommes en avril, la saison idéale pour découvrir le Mustang, un ancien royaume indépendant considéré comme une des plus belles régions du monde et longtemps fermé aux étrangers.

Le samedi 25 avril au matin, Julien Manuel a déjà effectué les formalités pour l’obtention du permis de trek obligatoire, confié son passeport et payé l’agence. « J’ai décidé de profiter de cette matinée à Katmandou pour revoir un des temples de la ville  » se souvient-il. Le voyageur hésite entre le Patan, place du Darbâr, ou le sanctuaire de Bodnath. Après quelques atermoiements, c’est au Bodnath qu’il se trouve à 11h44 lorsque le séisme d’une magnitude de 7.9 se produit. L’épicentre est situé à quelque 80km de la capitale népalaise mais la ville est construite sur l’emplacement d’un ancien lac asséché et la structure géologique favorise la propagation et l’amplification sismique.

Même si la région, située en pleine zone de subduction, subit fréquemment des tremblements de terre, cette secousse est la plus forte recensée depuis 1934. Les bâtiments ne répondent pas aux normes antisismiques et sont souvent construits avec des matériaux peu résistants. Le bilan humain est très lourd : on estime qu’il y a dans tout le Népal plus de 7 000 morts et 14 000 blessés.

Les dommages matériels sont également considérables. Selon un décompte de l’ONU, plus de 160 000 maisons sont détruites, 140 000 sont partiellement endommagées, 24 000 salles de classe sont inutilisables, l’aéroport est fermé, des monuments inestimables comme la tour Bhimsen ou les temples de la place du Darbâr sont rayés de la carte. Les secours locaux sont littéralement débordés.
De fortes répliques –entre 6.3 et 7.3 de magnitude- commencent d’être enregistrées. Il y en aura en tout une cinquantaine et elles ne cesseront qu’après le 12 mai. A Paris, la France propose immédiatement son aide au gouvernement népalais.

Les installations de la petite ambassade de France à Katmandou sont très endommagées : l’enceinte s’est effondrée et les murs de la chancellerie sont fissurés. Le dimanche matin, Julien Manuel et d’autres Français rescapés sont accueillis à l’École française de Katmandou. Comme les répliques sont encore nombreuses et qu’on ne connaît pas l’état exact du bâtiment, ils dorment dehors sous des grandes tentes.

Autour des abris de toile, la vie s’organise. « Des étudiants membres d’une fanfare associative improvisaient chaque jour des petits concerts.  » se remémore le voyageur.
« Nous étions approvisionnés en eau potable et en rations militaires que je trouvais très correctes » poursuit-il « Je les ai même prises en photo  ».

Car, avec le hot spot bricolé avec le wifi de l’école, ils peuvent se connecter, obtenir des nouvelles, en donner, publier sur les réseaux sociaux... Julien Manuel a pu récupérer son passeport et son argent grâce au courage et à l’honnêteté des employés de l’agence de trek : « Ils sont allés les chercher dans le coffre de l’agence alors que tout pouvait s’effondrer d’un instant à l’autre. ».

Avec le soutien du CDCS, les cinq agents de l’ambassade font tout leur possible pour dénombrer, retrouver et assister les quelques 3 000 Français présents au Népal. Ils sont renforcés en urgence par des agents venus de New Delhi puis par près de 150 personnels de la sécurité civile et acteurs humanitaires. Car, outre ceux qui étaient dans la capitale, des centaines d’’alpinistes ou de trekkeurs français se trouvent bloqués sur les pentes de l’Himalaya et il faut les localiser puis organiser leur récupération.

Les équipes mènent un travail minutieux auprès des familles, des autorités locales, des professionnels du tourisme et des guides, en coordination avec la cellule de réponse téléphonique du Quai d’Orsay. Elle traite alors plus de 18 700 appels. Ensuite, l’objectif est d’organiser le retour vers la France. C’est l’engorgement pour atterrir au Népal et cela freine considérablement les opérations de secours. Paris parvient à envoyer trois avions chargés de matériel médical et d’aide humanitaire. C’est à bord de l’un d’eux, « un Airbus A350 flambant-neuf  » que Julien Manuel et 200 compatriotes sont rapatriés le jeudi 30 avril. D’autres le sont sur des vols commerciaux ou par les voyagistes avec qui ils avaient contracté leur voyage.